5 Ugly Truth About G Moreau Peintre | g moreau peintre

« La qualité ne cède en rien à la quantité, car les plus grands noms de la peinture sont représentés. […] Si l’on ajoute toute l’armée des novateurs et l’apport considérable des peintres de la région […], on pourra se faire approximativement une idée de l’importance exceptionnelle de l’Exposition des Beaux-Arts. [1]. ». C’est le livret de cette Exposition, qui s’est tenue à Nantes entre le 10 octobre 1886 et le 15 janvier 1887, que Cyrille Sciama, conservateur en charge des collections du XIXe siècle du Musée d’Arts de Nantes, a découvert parmi les fonds de la bibliothèque ancienne du Musée. A partir de ce foisonnant répertoire des 1799 œuvres qui y étaient présentées et proposées à la vente mais aussi de la presse locale de l’époque, fourmillant de critiques édifiantes, il a mené une étude rigoureuse et construit une synthèse pertinente de ce grand Salon de province présenté aujourd’hui pour la première fois au Musée d’Arts de Nantes sous le titre « Nantes 1886. Le scandale impressionniste ». L’idée de son importance est désormais précise et circonstanciée.

Gustave Moreau; au delà du réel | culturalbreath’s Blog – g moreau peintre | g moreau peintre

Le corpus restreint de 59 œuvres, des peintures majoritairement mais aussi des dessins, des gravures et des sculptures, issues des collections du musée pour la moitié environ et de prêts de collections privées et publiques, nationales et internationales, réuni nombre des artistes illustres de la décennie 1880 qu’ils soient académiques ou modernes. Le titre choisi pour l’exposition nous semble de ce fait réducteur si ce n’est trompeur. Le parcours retient cinq sections thématiques, concentré de la vie artistique de la deuxième moitié du XIXe siècle, sans totalement s’émanciper du plan du Salon, également détaillé dans le livret, puisque la dernière section reconstitue en partie la « scandaleuse » salle IX qui réunissait les impressionnistes et tout ce qui déjà les bousculait, du symbolisme au divisionnisme. Le catalogue est parfaitement construit, aux essais succèdent les notices détaillées de chacune des œuvres exposées.

Alors qu’en 1881, vivement contesté, l’Etat se retire de l’organisation du Salon officiel, entérinant les rébellions qui ne cessent de fleurir depuis 1850, le Salon de Nantes de 1886 semble offrir une unité éphémère aux multiples expositions dissidentes parisiennes. A l’initiative du maire de la ville Edouard Normand, deux comités d’organisation, un nantais et un parisien, constitués d’artistes, de galeristes et de critiques d’art, se mettent en place. Sous la houlette de leurs présidents respectifs, Philibert Doré-Graslin et Paul Eudel, ils procèdent à une sélection pour le moins éclectique. Pas moins de onze genre picturaux – détaillés par Paolo Serafini dans le catalogue [2] -, la peinture de paysage d’inspiration barbizonnaise, la peinture naturaliste de scènes champêtres, la peinture de vue, la nature morte, la peinture religieuse, le portrait, la peinture de scènes de genre, la peinture d’histoire, la peinture mythologique, la peinture sur des thèmes sociaux, la peinture orientaliste –, et presque autant d’-ismes, académisme, réalisme, orientalisme, symbolisme, impressionnisme, néo-impressionnisme sont représentés. L’exposition si concise soit-elle ne manque pas de les illustrer presque exhaustivement.

La première section rend compte de l’art officiel prépondérant, celui qui, chéri par le Comité d’organisation, a les honneurs du « Salon carré ». Pas de prises de risques : on reprend les noms célèbres et établis et des œuvres pour beaucoup déjà exposées à Paris. Au diable l’impression de déjà-vu, l’enjeu est ailleurs ; dans une ville où le dernier grand Salon date de 1872, il est urgent de décentraliser l’art parisien, d’éduquer le public à renfort de grandes leçons historiques, religieuses et héroïques sans oublier de glorifier l’État. Luc-Olivier Merson présente son Saint François d’Assise prêche aux poissons (ill. 1) qui remportera la médaille d’honneur tandis que les formats monumentaux de Pierre-Adrien-Pascal Lehoux (ill. 2) et de Georges Moreau de Tours (ill. 3) sont l’objet de vifs débats avant d’être finalement achetés par la Ville de Nantes.

Gustave Moreau. Les Prétendants. Musée Moreau | g moreau peintre

A ces œuvres moralisatrices triomphantes, la critique préfère les peintures réalistes à thématique sociale et défend les artistes de plein-air. La deuxième section de l’exposition est dédiée à cette peinture naturaliste qui privilégie les sujets agricoles. Nous retiendrons les scènes paysannes à la palette claire d’Édouard Debat-Ponsant – le très remarqué Coin de vigne ; Languedoc (ill. 4) – et d’Hugo Salmson (ill. 5), fortement inspirées de Jules-Bastien-Lepage, mais aussi le grand paysage très singulier, presque abstrait, de Jan Monchablon (ill. 6), élève de Jean-Paul Laurens et Alexandre Cabanel, longtemps oublié dans les réserves du musée et restauré pour l’occasion.

Autour du Salon central se déploient quatre autres salles pour les peintures. La troisième section mélange les genres pour rendre compte de leur grand éclectisme. La très belle Odalisque de Benjamin-Constant (ill. 7), côtoie les vues pittoresques italiennes d’Henri-Gaston Béthune, Gustave Surand (ill. 8) et Edmond Yarz, comme deux portraits fort différents d’Alfred Stevens – Frère et sœur du musée d’Orsay – et de Jules-Elie Delaunay (ill. 9).

Tout au long du parcours, et comme ce fut le cas en 1886, une place de choix est offerte aux artistes nantais ou liés à la ville – les académiques Merson et Delaunay sus-cités mais aussi Alexandre Chantron, Emile-Alfred Dezaunay, Maxime Maufra ou Pierre-Emile Cornillier – ainsi qu’aux figures locales – du Général Mellinet à l’architecte Achille Joyau – et aux événements locaux. Ce sont d’ailleurs Les Noyades de Nantes de Joseph Aubert qui ouvraient, non sans remous, le Salon en 1886. Empêchées par leur immense format, elles n’ont pu prendre place au sein de l’exposition mais sont évoquées au début du parcours par l’esquisse peinte du musée de Cholet.

Gustave Moreau et le pinceau enchanté | La Labyrinthèque – g moreau peintre | g moreau peintre

Le parcours de l’exposition comme celui du Salon de 1886 s’achève sur la salle IX dédiée à la peinture moderne, et à « l’école impressionniste » en particulier, alors présentée pour la première fois à Nantes. Face à cette fulgurante percée de l’avant-garde, la presse locale comme le public crient au scandale, on conspue les compositions audacieuses, la vivacité des couleurs et l’éclatement de la touche. On parle de « déballage impressionniste [3] », de « débauches d’azur et de verts hurlants [4] » ou de « fumisterie [5] ». S’il s’agit moins ici de reconstituer fidèlement la salle IX que d’en transmettre l’essence tumultueuse, il n’est pas évident de discerner les œuvres qui y furent réellement exposées à l’époque. Ainsi La Fin du déjeuner de Renoir (ill. 10) prenait place, avec La Loge – conservée au Courtauld Institute mais prêtée concomitamment à la National Gallery de Londres – dans le Salon carré raillée du public certes mais déjà adoubée par une partie de la presse. Monet était à Belle-Île et ne participa pas plus au salon de 1886 qu’à la dernière exposition impressionniste de quelques mois antérieures, échaudé par ce que Sylvie Patry nomme « le repositionnement des avant-gardes ». Si aucun Gauguin, Pissarro ou Signac ne sont présentés, deux des trois Guillaumin sont réunis, Fin d’hiver et Route à Damiette (ill. 11) au sublime ciel jaune-orangé, ainsi qu’un Sisley au cadrage très novateur (ill. 12) et deux Seurat (ill. 13-14) emblématiques du pointillisme rapprochés pour la première fois depuis 1886. Presque aucune de ces œuvres ne trouva acquéreur.

Face à ces huées et incompréhensions, s’élèvent les voix de quelques défenseurs de l’art moderne, au premier rang desquels les critiques d’art Zacharie Astruc et Gustave Geffroy. L’exposition leur consacre une avant-dernière section, prélude à la « salle IX », mettant en scène divers de leurs portraits peints et sculptés. Ils sont ces amateurs, collectionneurs, écrivains, journalistes dont le goût s’est émancipé de l’académisme officiel qui, vacillant, n’a plus d’autre choix que de leur léguer la promotion des artistes vivants. Cette émergence d’un nouveau marché de l’art indépendant foulant les ruines d’un système des Beaux-Arts unique esquissée par l’exposition et les essais de son catalogue est au cœur du colloque Collectionneurs, marchands et salons en région.1880-1900 qui s’est tenu ce jeudi 6 décembre à Nantes en partenariat avec le musée d’Orsay.

Commissaire : Cyrille Sciama.

Gustave Moreau : une peinture unique en son genre – Le blog d’Annaboule – g moreau peintre | g moreau peintre

Collectif, Nantes 1886. Le scandale impressionniste,Coédition Musée d’arts de Nates/Le Passage, 2018, 268 p., 29 €. ISBN : 9782847423969.

Informations pratiques : Musée d’arts de Nantes, 10, rue Georges-Clemenceau, 44000 Nantes. Tél : +33 (0)2 51 17 45 00. Ouvert tous les jours de 10h à 18h. Tarif : 8 € (réduits : 4 €).

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